Interview exclusive / Dounia Chemsseddoha

6/04/2016

 

Interview exclusive de Dounia Chemsseddoha (Photographe / Réalisatrice)

 

 

Yann: Salut Dounia, peux-tu te présenter succinctement ? Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Dounia: Salut Yann !

Je suis photographe, réalisatrice, j'ai 35 ans, et j'habite Toulouse depuis mon adolescence. Je crée principalement des pochettes d'album et réalise des vidéo-clips pour des musiciens. J'ai aussi une démarche personnelle photographique. En fait tout ce qui est visuel m'intéresse.

 

 

Quel est ton background et que fais-tu actuellement ?

Je suis passionnée par l'art depuis très jeune. Après un bac Arts-Plastiques, je suis entrée aux Beaux-Arts de Lorient en Bretagne, j'y suis restée 2 ans. J'y ai appris beaucoup, mais je ne suis pas allée jusqu'au diplôme.

Ensuite j'ai travaillé 10 ans comme monteuse vidéo. J'ai bossé sur du documentaire, du court-métrage, mais principalement pour du corporate. Et là pareil je n'ai pas fait d'école j'ai appris un peu sur le tas. En parallèle j'ai toujours fait de la photographie que je gardais pour moi... Et j'ai commencé en 2011 à réaliser mes premiers vidéo-clips pour des amis musiciens. Je suis plutôt une lente et une contemplative. Du coup il m'a fallu beaucoup de temps pour me rendre compte que le montage ne me suffisait pas pour m'épanouir artistiquement, surtout dans le corporate, je me suis sentie m'étioler dans ce milieu. J'ai finalement fait basculer mes activités artistiques au premier plan dans ma vie.

Je me considère comme une semi autodidacte. C'est en faisant des clips et des pochettes d'album que j'ai gagné en assurance sur ma légitimité en tant qu'artiste. Les gens m'invitent sur des projets, et ça fait plaisir. Je me consacre, aujourd'hui, pleinement à mes activités artistiques.

 

 

Depuis quand fais-tu de la photo, comment as-tu commencé ?

J'ai commencé à faire de la photographie un peu comme pas mal de monde, adolescente, avec le boitier argentique de mon père, un canon AE1. Je n'y connaissais rien et je faisais pas mal d'erreurs... beaucoup de pellicules sont parties à la poubelle...

Puis, aux Beaux-arts, j'ai appris la base de la prise de vue, et les rudiments du laboratoire, développement, tirage noir et blanc.

A partir de là je me suis acheté petit à petit quelques vieux boîtiers argentiques 24x36 et 6x9, puis de quoi m'installer un petit labo perso. J'ai photographié des rues, des paysages, des soirées, des voyages, un peu de tout à l'instinct et j'ai passé des nuits entières dans la lumière rouge, en écoutant le son de mes films préférés.

 

 

Quels sont tes photographes favoris et où trouves tu de l’inspiration pour tes travaux ?

C'est toujours compliqué de résumer ses influences, et bizarrement, ce n'est pas vraiment dans la photographie que je trouve mon inspiration.

Beaucoup de domaines m'inspirent. Le cinéma surtout, la littérature, certains articles de science, la philosophie de l'art, la peinture classique. Je peux piocher dans l'art contemporain, la mode, la musique, et beaucoup dans les mythologies de tous horizons... Tout ça nourrit mon imaginaire.

Allez, je peux te citer quelques noms dont j'aime le travail, en vrac : Goethe, Andreï Tarkovski, le plasticien Nick Cave, Anthony Hegarty (ANOHNI), Lee Alexander McQueen...

Et en ce moment, par exemple, sur les conseils d'une amie, je lis « La Lecture des Pierres » de Roger Caillois.

   

 

Comment décrirais-tu ton style ?

Je ne sais pas si je peux parler de style, mais plutôt de thème ou de questionnement.

Je photographie principalement ce que l'on pourrait appeler des paysages, mais pas dans le sens géographique, ni documentaire. L'humain n'y est d'ailleurs jamais présent.

Au travers de paysages sauvages et parfois post ou périurbains, j'essaie de travailler sur le signe et de faire émerger des figures et des symboles.

Le sujet de la photographie, soit issu de la nature, soit issu de la main de l'homme, comme un tronc, une roche, une montagne, une enseigne, ou même une construction, est à la fois matière et symbole. L'objet du cliché devient un fétiche, un totem.

C'est pour moi une sorte de jeu d'exploration des inconscients, des symbolismes et des mythes.

 

 

Quel matériel utilises-tu pour tes photos ?

Je suis très attachée à l'argentique puisque j'ai commencé avec ce medium et je n'ai pas arrêté, j'ai souvent besoin de physique. Mais je n'ai pas de chapelle, et je ne m'interdis pas d'utiliser le numérique pour servir mon propos, ou si mes expérimentations le demandent. J'essaie d'utiliser les caractéristiques de chacun des supports. C'est surtout mon rapport au temps qui n'est pas le même. Avec l'argentique, j'aime bien l'idée d'avoir le temps d'oublier ce que j'ai pris en photo avant de le redécouvrir après développement. Et puis certaines pellicules ont une gamme de couleurs folles que j'aime beaucoup. Avec le numérique, c'est l'immédiateté, c'est rapide, et je peux expérimenter d'une autre façon. Aussi, il m'arrive souvent de mixer les deux. Je travaille avec un Canon 5D Mark 2 en numérique, qui a bien vécu. Et en ce moment beaucoup de 6x6, avec un boîtier Kiev 88, copie ukrainienne soviétique du Hasselblad 1000F qui fonctionne très bien.

Mais je ne suis pas attachée à posséder la Rolls-Royce des boîtiers. Je peux utiliser tour à tour, un bon boîtier, un appareil jetable, un jouet ou des vieux automatiques compacts des années 80, 90. Je ne suis pas une accro de la technologie, la fin et le propos étant plus importants que le moyen à mes yeux.

 

 

 

Quels sont tes projets actuels et à venir ?

Je travaille actuellement sur l'artwork du nouvel album d'une chanteuse qui s'appelle Laure Briard, pour qui j'ai fait l'artwork de son précédent album, et déjà trois video-clips. L'album sortira au printemps chez Midnight Special Records. Il sera édité notamment en format vinyle qui est un support génial pour créer un visuel en mélangeant photographie, graphisme et concevoir un vrai objet.

Puis je prépare le tournage d'un video-clip pour Julien Barbagallo (batteur de Tame Impala) qui prépare son second album solo, le clip sortira également durant le printemps.

Et je prépare, (enfin !) ma première exposition photographique. Que du travail personnel. Je prévois ça pour Juillet. Ce sera une petite expo, mais j'ai déjà le trac !

 

 

Peux-tu nous dire quelques mots sur cette série photo que tu as dédiée à cette collaboration avec Colorblind Apparel ?

Comme c'était pour la collection printemps/été, j'ai voulu travailler sur l'idée de paysages du sud et du soleil, mais avec des décors un peu loose, un peu suburb, un peu abandonnés.

J'ai shooté en pellicule noir et blanc, avec pas mal de grain. Et comme Colorblind Apparel a une ligne esthétique graphique, j'ai joué sur des grands cercles de couleurs, un rose et un vert turquoise délavés.

J'ai voulu évoquer une sorte de Malibu mais un Malibu à la splendeur passée, imaginaire et sans paillettes.

 

Merci beaucoup Dounia !

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Salut à tous